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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 06:41



Fichier:Facade de la Cathédrale de Reims - Parvis.jpg




La cathédrale, siège de l'évêque et symbole de la ville médiévale, force l'admiration tant par sa beauté que par les prouesses techniques sur lesquelles elle repose . Sobre et robuste avec l'art roman, elle s'élève ensuite avec l'art gothique, ses murs s'amincissent et font la part belle à la lumière .
Ces "dentelles de pierres" signent alors l'apogée d'une révolution architecturale de deux siècles et demi où les bâtisseurs ne cessent d'inventer, de faire progresser les techniques de construction .
Pour mieux comprendre, il faut d'emblée relever la démesure de l'architecture religieuse médiévale . Afin de mieux répondre à l'élan spirituel d'une société, la cathédrale se doit d'être plus belle, plus haute, plus vaste que la précédente . Elle adopte, de fil en aiguille, des dimensions gigantesques .
Ainsi occupent-elles au sol d'impressionnantes superficies : 5500 m2 à Paris, 6200 m2 à Bourges, 6650 m2 à Reims, 8900 m2 à Cologne.....
La surface de celle d'Amiens (7700m2) permettait théoriquement à toute la population, soit 100000 habitants, d'assister à la même cérémonie ! Parallèlement, nefs, tours et flêches s'élèvent comme si elles voulaient conquérir le ciel : la flèche de Chartres culmine à 105 mètres, celle de Strasbourg à 142 mètres .
Des colosses au pied d'argile ? Nullement . Au XIIIe siècle, les fondations s'enfoncent loin dans le sol, atteignant jusqu'à 10 mètres de profondeur, soit le niveau moyen d'une station de métro parisienne . Cet ancrage qui varie selon la nature du terrain représente de un sixième à un tiers du bâtiment . Des siècles plus tard, ces grands vaisseaux sont encore debout, chefs-d'oeuvre classés au patrimoine mondial de l'humanité . Ils affichent même leur incroyable robustesse face aux aléas climatiques, les parties hautes de la cathédrale d'Amiens résistant à des vents de 145 km/h !
Une frénésie constructive s'empare de tout l'Occident, " De 1050 à 1350, la France a extrait plusieurs millions de tonnes de pierres pour édifier 80 cathédrales, 500 grandes églises et quelques dizaines de milliers d'églises paroissiales, énumère l'historien, Jean Gimpel . La France a charrié plus de pierres en ces trois siècles que l'ancienne Egypte en n'importe quelle période de son histoire - bien que la Grande Pyramide, à elle seule, ait un volume de 2500000 m2 ."
A l'époque, les grands architectes sont des hommes célèbres, allant de chantier en chantier . Hommes d'études, capables de dessins préparatoires minutieux, ils sont aussi de véritables chefs d'orchestre connaissant à fond tous les corps de métiers . La complexité de la construction demande, en effet, une organisation rigoureuse des différents acteurs qui ne doit pas laisser de place à l'erreur . Ces hommes de défi que sont également les architectes vont pousser loin les limites des techniques connues afin d'aboutir à des résultats inédits .
Dans une société qui croit au progrès, ils n'ont pas peur de tourner le dos aux traditions et d'innover . Dès lors, une avancée - même mineure - en entraînant une autre, tous les métiers progressent ensemble . Les forgerons fabriquent des outils en acier plus résistant  : lesquels outils autorisent les tailleurs à s'attaquer à des pierres plus dures ; l'emploi d'une pierre plus dure amène les architectes à concevoir des murs moins épais et des colonnes au diamètres plus petit .
Essayer c'est aussi prendre le risque d'échouer . A l'image de la cathédrale de Beauvais, erreurs et échecs n'épargnent pas les bâtisseurs médiévaux . L'architecte de la Sainte Chapelle, à Paris, a choisi de noyer des chaînages dans les murs dans l'espoir de renforcer l'édifice . Il l'a en définitive fragilisé, ne sachant pas qu'un tel procédé cause des dommages à la pierre .
L'innovation maîtresse du Moyen Age est la cathédrale voûtée qui succède à la basilique charpentée . L'époque manquant de matériaux - notamment de bois à cause de la déforestation - comme de main d'oeuvre, la "voûte appareillée", un assemblage de pierres clavées, s'impose progressivement . Elle n'exige que de la pierre, présente partout, un peu de mortier et quelques spécialistes pour tailler les différentes pièces . "La pierre permet aussi d'éviter les incendies, grande peur médiévale ", ajoute Patrick Demouy, professeur d'histoire médiévale à Reims .



 




La voûte appareillée présente néanmoins un inconvénient d'importance : elle dévie les forces, qui ne sont plus verticales comme dans le cas d'une basilique charpentée (le toit applique son poids aux murs) mais obliques . Autrement dit, elle tend à écarter les murs . Dans la cathédrale romane, à partir du Xe siècle, la voûte en berceau s'accompagne de murs épais, percés de peu d'ouvertures et soutenues par des contreforts massifs .
Puis les arcs se brisent, exerçant alors des poussées plus faibles . Les arcs se croisent, formant la "croisée d'ogives", où les poussées sont dirigées vers les piliers . L'espace intérieur des arcs qui les soutiennent peut être libéré . Des baies sont aménagées, les murs font place aux vitraux, la cathédrale s'éclaire . A l'extérieur, une invention révolutionnaire du XIIe siècle contre-bute efficacement les voûtes en croisée d'ogives . Des "arcs-boutants" perchés sur des "culées" font contrepoids uniquement au point où s'opère la poussée . La pression sur les murs se fait de moins en moins forte, la voûte, s'élève et s'élargit . A partir du XIIe siècle, le gothique impose sa verticalité et sa lumière .





" On n'a jamais vu cela, écrit Patrick Demouy dans Les Cathédrales (Puf) . Des monuments dont les structures porteuses s'échappaient des murs, pour se déployer à l'extérieur comme de gigantesques pattes d'araignée ; des monuments réduits à l'état de squelettes, dont les parois, pour l'essentiel vitrées, n'étaient plus qu'un remplissage "

En ouvrant les murs, l'architecture gothique hisse les verriers au premier rang des bâtisseurs de cathédrales . La technique du vitrail atteint sa plénitude au Moyen Age et d'immenses panneaux de petits bouts de verre peints et sertis dans du plomb parent l'édifice de leur poésie colorée . Les roses font plus de 10 mètres de diamètre - 13 mètres à Paris . La cathédrale de Chartres totalise 2500 m2 de vitraux répartis sur 176 baies .
A l'ombre du triomphe de la pierre, le bois reste indispensable . Il se retrouve dans la charpente, qui n'est pas condamnée avec l'apparition des voûtes et doit s'adapter, se complexifier pour pallier l'absence de poutres de grandes dimensions . Le bois sert aussi aux échafaudages . Autrefois lourds, partant du sol (échafaudages "de pied") et encastrés dans la maçonnerie, ces derniers ne s'ancrent plus au terrain mais s'accrochent dans le mur (échafaudages " en bascule") , deviennent démontables et réutilisables au gré des besoins .
Le Moyen Age perfectionne les machines de levage . La grue, utilisée dans l'Antiquité, s'étoffe d'un contrepoids, d'une double poulie, et se fait pivotante . Elle est parfois actionnée par un "écureuil", une roue dont la rotation est assurée par la marche de plusieurs personnes à l'intérieur . Avec un écureuil d'un diamètre de 2.50 m, un individu peut élever 600 kg ! On découvre au XIIIe siècle la brouette, un appareil de conception très simple mais qui permet à un homme de faire le travail de deux manoeuvres .
"Cette invention qui fut longtemps attribuée à Pascal, est peut-être le fruit de l'imagination d'un simple charpentier de la croisade des cathédrales", avance Jean Gimpel .
Enfin, l'âge d'or des cathédrales tient au génie de bâtisseurs portés par la foi . La cathédrale exprime l'élan spirituel de l'époque, son clocher invite à regarder le ciel . Le chef-d'oeuvre architectural témoigne avant tout de la magnificence du tout- puissant, "Pensez à l'homme du XIIe ou XIIIe siècle, souligne Patrick Demouy . La cathédrale est pour lui un domaine incommensurable, où les vitraux sont comme autant de pierres précieuses . C'est un avant-goût du paradis!".
"Cathédrale, mère de nos valeurs élève encore notre esprit pour des siècles et des siècles !" .







livre conseillé : Les bâtisseurs de cathédrales (Seuil) .

Source :Sciences&Vie

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Published by charlene59 - dans histoire
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commentaires

charlene59 07/04/2010 10:44


Je sais Didier ! Moi aussi j'ai honte et j'ai aussi un recul car le monde évolue mais c'est notre culture qui tend à s'effacer car on s'acharne sur elle alors que je sais de source sûre par un
historien des religions que dans les écoles bouddhistes et coraniques, la pédophilie est malheureusement aussi présente mais c'est "clos" comme le clergé avant qui était canonisé donc secret ! Eh
oui ! Bonne journée . Bisous Charlene


Didier 07/04/2010 10:11


Il est bien dommage que ce soit le lieu du début des prêtres et evêques violeurs et pédophiles!!
je suis catholique mais j'ai honte et compte changer de religion
bâtir des cathédrales pour fabriquer des criminels fallait y penser !!
j'admire les cathédrales mais je ne peux plus y rentrer
bisou$$$
Didier


Didier 23/02/2010 10:02


Magnifique d'ingéniosité et de beauté ces cathédrales
amitiés Charlène
Didier


Ad'a 15/02/2010 19:10


Des siècles et des siècles
Des ans et des mois
Des jours d'éternité
Ad'a


marie 12/02/2010 21:33


Bel hommage à nos merveilleuses, fascinantes cathédrales, témoins millénaires de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus élévé


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